La scène qui suit s'est déroulée le 23 mars dans la section du 2ème arrondissement de Paris du Parti socialiste (Montorgueil). Le journaliste Aymeric Mantoux - qui a pris sa carte de militant du PS pour écrire chez Privé le livre Infiltrés avec Baudoin Eschapasse (embedded à l'UMP) - assiste à une réunion organisée autour d'Hubert Védrine. Les propos de l'ancien ministre (publiés dans le livre) prenne un relief intéressant au moment où Nicolas Sarkozy lui propose de participer à son gouvernement. Le PS rame.
Vendredi 23 mars réunion organisée autour d’Hubert Védrine.
La salle est bondée comme jamais, je suis contraint de m’asseoir par terre, comme d’autres camarades pour écouter la star du jour sur le thème «la politique étrangère dans la campagne».
L’ancien ministre des affaires étrangères prend son auditoire à rebrousse-poil :
« Contrairement à ce qu’on dit, il n’y a pas de politique étrangère de gauche. Enfin il n’y en a pas qu’une seule. Et avec Chirac, le dire n’est plus ridicule. Avant d’avoir une direction, une orientation, il faut savoir qu’on a pas tous les mêmes points de vue, même à gauche et même au sein du PS. Il faut le savoir avant de réfléchir à ce qu’on peut promouvoir comme idées dans cette campagne ».
Jamais il n’y a eu tant de monde en section, alors que l’on sait l’invité, volontiers critique l’égard de la candidate. Un signe ? « Je la critique, je n’ai pas voté pour elle, mais comme Védrine, je pense, par devoir, je voterai à gauche», m’explique une camarade. Et je sais que pas mal dans la section partagent ce point de vue. [...]
Védrine décline ses thèmes de prédilection en faisant régulièrement référence au petit opuscule qu’il vient de publier.
« Quand on parle de victimes sur le plan du droit international, ce n’est quand même pas n’importe quoi ».
Ses points de vue privés, exprimés non sans humour, sont assez iconoclastes et tranchent avec ce qu’on entend d’ordinaire dans la bouche des politiques en poste.
« Sur le conflit israëlo-palestinien, oui il y a une politique de gauche. Il y en a même plusieurs ! (…) Une politique de gauche ne doit pas être péremptoire, elle doit aider à discuter »,
explique-t-il en référence évidemment aux bravitudes de Ségolène. «Je le trouve vraiment brillant, libre», murmure une jeune femme. Védrine assène des vérités qui estomaquent l’assemblée :
« La France n’est plus une grande puissance».
Son leitmotiv ?
« La France ne sera forte que dans une Europe forte ».
Au fil des questions qui suivent son propos liminaire, Hubert développe une vision prospective de la politique étrangère très différente de celle de Ségolène Royal. Personne ne le contredit.
« Ca ne me gêne pas trop qu’on en parle pas de politique étrangère dans la campagne. D’abord on en parle jamais et ensuite ça évite de dire des sottises ! Ensuite, ça permet de ne pas se lier les mains avec des promesses péremptoires faites dans l’excitation d’une campagne. Pendant ce temps là la politique étrangère elle, continue, et c’est très bien comme ça ! Ce n’est pas là-dessus que se font les campagnes. Ca ne joue aucun rôle dans le vote ».
Védrine évoque ensuite la position internationale de Ségolène telle qu’elle se dessine par touches impressionnistes «depuis le discours de Villepinte».
« La seule question qui intéresse vraiment les Français aujourd’hui c’est l’adhésion de la Turquie ».
Il est ensuite longuement question de l’Europe, celle
« des projets et des choses concrètes ».
« Ségolène doit dire bientôt qu’elle est favorable à ce que l’Europe protège davantage ses intérêts. Mais attention, aujourd’hui, en tant que candidate, ça ne sert à rien de lui faire dire qu’il faut davantage de protectionnisme. Ca, elle le fera après. Bon, c’est un peu hypocrite, mais c’est pas grave ! ».
En sortant, Elsa demande à notre invité s’il sera ministre de Ségolène Royal :
« Je ne sais surtout pas si j’en ai vraiment envie ! », lui répond-il. (...)
© Privé.
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