Patrick Poivre d'Arvor : Que peut-on faire pour que l'Europe soit plus forte face aux Etats-Unis qui souhaitent l'entrée de la Turquie dans l'Europe ?
[question biaisée : PPD présuppose que l'Europe est contre l'entrée et qu'elle doit résister aux méchants étasuniens qui sont pour. Bravo l'objectivité du journaliste l'entrée de la Turquie dans l'UE a été promise dès les années 1960s par Hallstein et d'autres européens, pas par les Etats Unis même si à l'époque - Guerre Froide - la Turquie était dans le camp de l'OTAN face aux troupes du Pacte de Varsovie]
Nicolas Sarkozy : Ceux qui souhaitent l'entrée de la Turquie en Europe sont ceux qui ne croient pas à l'Europe politique.
[assez vrai pour les Britanniques, faux pour la Grèce]
C'est la mort de l'Europe politique. De mon point de vue, je suis très clair.
[l'Europe politique est déjà morte avec l'entrée de la Grande-Bretagne dans l'UE en 1973 et l'assassinat du TECE par 55 % de français et hollandais le 29 mai 2005]
Vous avez été à une réunion de l'internationale socialiste. Vous avez, d'ailleurs, été fort applaudi. Je ne sais pas si vous avez lu la déclaration de l'internationale socialiste. Elle était favorable à l'entrée de la Turquie en Europe. Est-ce votre position, madame ?
[le CHP kémaliste est en effet membre de l'internationale socialiste !]
Ségolène Royal : Il y a un processus qui est ouvert. Le peuple français sera consulté par référendum sur cette entrée. Je pense qu'il faut faire une pause. Le moment n'est pas venu, aujourd'hui, de faire entrer la Turquie. De toute façon, c'est une échéance…
Nicolas Sarkozy : Non. Les négociations ont commencé en 1964. Nous sommes en 2007. Il est venu le temps de dire aux Turcs si on en veut ou pas.
[vrai : autant ne pas être hypocrite avec 70 M de personnes dont 20 M et la Tusiad qui rêvent depuis longtemps d'une adhésion de plein droit]
Ce n'est pas une question de démocratie. Ce n'est pas une question de musulman ou d'islam,
[Et les critères d'adhésion de Copenhague ?]
c'est que la Turquie, c'est l'Asie mineure, ce n'est pas l'Europe.
[Définition géographique de l'Europe contestable : et Chypre, c'est l'Europe ? et Malte, c'est l'Europe ? et l'Ukraine ? Thalès de Milet était originaire d'Asie mineure, le "miracle grec" (Catherine de Romilly) est né en Asie Mineure...]
Il faut dire clairement à ce grand peuple qu'est la Turquie qu'ils ont vocation à être le cœur de l'union de la Méditerranée, mais pas le cœur de l'union européenne.
Ségolène Royal : Un processus a été engagé avec l'accord de la France. La France doit tenir sa parole. On ne peut pas décider.
Nicolas Sarkozy : Non, c'est l'unanimité. Si la France dit non, la Turquie ne rentre pas.
[Nicolas Sarkozy s'est prononcé par ailleurs contre les décisions à l'unanimité et pour la majorité qualifiée...:
"L'unanimité : j'ai aussi la conviction qu’il nous faut changer la règle de l’unanimité en Europe. Comment pouvons-nous croire, et faire croire, que nous allons lutter efficacement contre le terrorisme, en réunissant un aréopage de cinquante Ministres de l’Intérieur et de la Justice, en donnant 2 minutes de temps de parole à chacun, et en exigeant leur unanimité ?
On ne peut pas imposer à un pays ce qu’il ne veut pas. En revanche, je n’accepte pas que celui qui ne veut pas avancer empêche les autres de le faire. C’est une chose d'avoir un Etat qui ne veut pas avancer, c’en est une autre d’accepter que ce pays empêche les 26 autres d’avancer. Par conséquent, la seule façon de sauver l’Europe politique, c’est de faire sauter ce verrou. Un pays devrait pouvoir dire non, mais sans que ce "non" handicape les projets des autres. Il n'est pas concevable qu'un seul Etat membre, voire deux, puissent empêcher l'Union d'avancer."
Ségolène Royal : On ne peut pas changer. Le chef de l'Etat a dit que les Français seraient pour tout élargissement supplémentaire consultés par référendum. Ils seront consultés par référendum.
Nicolas Sarkozy : Votre position, c'est non à la Turquie.
Ségolène Royal : Pour l'instant, c'est une pause.
Nicolas Sarkozy: Cela peut changer?
Ségolène Royal: Cela peut changer.
Nicolas Sarkozy : Moi cela ne changera pas.
[Nicolas Sarkozy a déjà été pris en flagrant délit de reniement sur la privatisation de GDF, il ne devrait pas se lier les mains, nul se sachant de quoi l'avenir sera fait]
Ségolène Royal : La parole a été donnée.
Nicolas Sarkozy : Non, la parole n'a pas été donnée.
[si :
- à Helsinki 1999 : "10 et 11 décembre 1999, le Conseil européen de Helsinki décide que la Turquie est un pays candidat"
- à Bruxelles : "Le Conseil européen du 17 décembre 2004 a soumis l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie (dont la date a été fixée au 3 octobre 2005"
http://www.euractiv.com/fr/elargissement/adhesion-turquie-question-chypriote/article-136198
Ségolène Royal : Un processus de discussion est engagé.
Nicolas Sarkozy : Quand on discute, ce n'est pas obligatoirement pour dire oui. Sinon, il ne faut pas engager de discussion. Vous venez de dire que cela peut changer. Vous pouvez changer d'avis et que la Turquie entre en Europe?
Ségolène Royal : Pas du tout. Des conditions sont posées. Si le peuple français dit oui, il y aura peut-être d'autres solutions, des associations prioritaires, des coopérations renforcées. Je ne crois pas que ce soit de bonne politique, comme cela, de claquer la porte à ce grand pays. Méfiez-vous, parce qu'il y a des forces démocratiques en mouvement en Turquie qui ont besoin d'être consolidées...
Nicolas Sarkozy : Quand vous aurez expliqué aux habitants de la Cappadoce
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cappadoce
http://en.wikipedia.org/wiki/Cappadocia
[Une partie des Cappadociens est descendant de peuples grecs, donc européens...]
qu'ils sont européens, vous n'aurez fait qu'une seule chose, vous aurez renforcé l'islamisme. [!]
http://istanbul.blog.lemonde.fr/2007/05/03/sarkozy-en-cappadoce/
[??? un éventuel refus de l'UE d'accepter la Turquie en son sein va surtout renforcer les nationalistes en Turquie (loups gris et partisans d'une turquisation de l'Asie centrale), pas l'AKP]
Ségolène Royal : Il faut être responsable.
Nicolas Sarkozy : Je le suis!
Ségolène Royal : Il faut être responsable à l'égard de l'équilibre du monde. Parler comme vous l'avez fait à l'instant de la Turquie, ce n'est pas une force démocratique à l'intérieur de la Turquie. Si l'Europe se ferme alors que vous savez très bien que l'on peut mettre en place des coopérations privilégiées, que l'on peut voir comment les choses évoluent, que cela ne se fait pas avant plus d'une dizaine d'années, n'utilisez pas ce sujet comme cela, de façon aussi brutale, par rapport à un peuple, à un grand peuple qui a une aspiration à rejoindre l'Europe.
[Elle aurait pû rajouter : n'instrumentalisez pas ce sujet comme Philippe de Villiers le fait depuis 3 ans]
Nicolas Sarkozy : Puis-je vous dire quelque chose ?
Ségolène Royal : Ne claquez pas la porte, car je pense que c'est dangereux pour l'équilibre du monde.
Nicolas Sarkozy : C'est tout le contraire. Depuis quarante ans, on
[Charles de Gaulle, Hallstein, Jacques Chirac... sauf Alain Juppé]
laisse à croire à nos amis turcs, c'est un grand peuple et une grande civilisation, qu'ils ont leur place dans l'Europe…
Ségolène Royal : C'est un pays laïc et vous avez vu les grandes manifestations pour la laïcité qui viennent d'avoir lieu en Turquie.
Nicolas Sarkozy : Quand bien même c'est un pays laïc, il est en Asie mineure.
[Chypre est plus à l'est qu'Istanbul et 5 % du territoire turc (la Thrace dont Edirne) est en Europe...]
Je n'expliquerai pas aux écoliers français que les frontières de l'Europe sont avec l'Irak et la Syrie.
[les frontières maritimes de Chypre sont déjà avec la Syrie, l'UE a des frontières terrestres avec la Russie, l'Ukraine...]
Quand on aura fait du Kurdistan un problème européen, on n'aura pas fait avancer les choses.
Je ne pense pas que la stabilité du monde sera renforcée en tuant l'Europe. Les adversaires de l'Europe politique sont pour l'élargissement sans fin de l'Europe, parce que l'élargissement sans fin de l'Europe empêche la réalisation de l'Europe politique. Je suis pour l'Europe politique. Je préfère qu'on dise aux Turcs, vous allez être associés à l'Europe, on va faire un marché commun avec vous, mais vous ne serez pas membres de l'Union européenne pour une raison très simple, parce que vous êtes en Asie mineure.
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