La cause est entendue. Selon le Jean-Marie Colombani des blogs, Nicolas Vanbremeersch
"Politique internationale. Match nul. Continuité, grosso modo, consensus mou, rien ne sort. Tradition Quai."
L'impression est pour partie juste mais rien n'est plus faux à mon humble avis que de renvoyer ainsi dos à dos les 2 "finalistes" si l'on creuse les programmes et surtout les promesses et nécessités de rupture.
Pour faire de même et résumer en 14 mots la politique étrangère des 5 années à venir, j'en aurais employé d'autres :
"Politique étrangère ET de défense : 2 projets de rupture identiques - fin du domaine réservé - et sur les buts mais pas sur les moyens."
Pour avoir depuis 2 mois suivi de loin et en amateur chômeur les promesses et positions flucutuantes en matière de politique étrangère et de défense, je me permets quelques remarques plus longues que celles faites sur France Culture le 1er Mai.
Avertissement préliminaire : tout le monde décline toute responsabilité légale quant au contenu ci-dessous, il n'engage et ne reflète que le point de vue de son auteur qui reste à son niveau de pékin moyen (l'officier supérieur m'ayant fait cette remarque se reconnaîtra facilement).
1. Comme l'épée et le bouclier, la politique étrangère et celle de défense ne doivent pas être dissociées, sous peine de sombrer dans la décadence, ou de tomber dans l'abime, comme en 1940.
Partant de ce constat, le député Laurent Wauquiez a proposé dans son livre la fusion des Commissions pléthoriques Affaires étrangères et Défense à l'Assemblée nationale. Espérons que le candidat qu'il soutient applique cette excellente idée.
2. Le consensus transpartisan apparent sur la politique étrangère et de défense n'est vrai qu'en public et dans la revue Défense Nationale. Il y a en effet d'énormes clivages :
- entre ceux qui veulent renoncer à la dissuasion pour des raisons écologistes, financières et ceux qui veulent un arsenal brejnévien (le CEA, EADS et MBDA...)
- entre ceux qui veulent appliquer le devoir d'ingérence partout et ne pas s'en donner les moyens et ceux qui ne veulent pas faire la guerre
- entre les anti-militaristes (il en reste en France) et les militaristes (la France a longtemps été, de 1789 à 1940, le pays militariste par excellence au yeux de nos voisins européens)
3. A ceux qui n'ont pas lu la Constitution de 1958 et qui disent que la politique étrangère et de défense a la faible place qu'elle mérite dans cette campagne, "it's the economy, stupid", il n'est pas besoin de rappeler que c'est le chef de l'Etat, des Armées et de la diplomatie française (cf. aussi point n° IV), pas un super Premier Ministre qui sera élu le 6 mai.
4. Il est normal que les FINS affichées et promises par les 2 candidats se ressemblent : l'intérêt supérieur de la Nation n'est pas de droite ou de gauche, il est Français.
5. Il est surprenant que les 2 candidats aient promis la rupture (non souhaitée par les officiers) en promettant le contrôle des OPEX par le Parlement et surtout la fin du "domaîne réservé" du chef de l'Etat que l'un(e) des 2 deviendra.
6. Il n'est pas normal que la "Grande Muette" se retranche derrière le devoir de réserve pendant cette campagne
7. Il est scandaleux que la revue Défense de l'IHEDN, dans ses questions posées à Nicolas Sarkozy ait tant insisté sur les MOYENS qui seront alloués aux Armées. Comme avait dit un certain "général micro" en 1962 :
« Vous n’êtes pas l’armée pour l’armée. Vous êtes l’armée de la France. Vous n’existez que par elle, pour elle et à son service. »
8. La Question des MOYENS méritait certes d'être abordée, mais seulement après celle des buts que se fixe la France.
Depuis des années, la politique étrangère de la France n'est pas mauvaise mais elle est toujours inférieure à ce que son "soft power" pourrait lui permettre.
La réalité objective (la France est une puissance moyenne) n'ayant pas été reconnue devant les électeurs ni acceptée par eux, les choix clairs n'ayant ni étés faits (le futur d'une France souveraine est dans l'Europe "puissance") ni assumés (il n'y a qu'à voir que Bruxelles étant devenu un bouc émissaire, le "crime du 29 mai" commis par le peuple français n'en est que plus explicable), la situation ne s'améliore pas.
Quand les hommes ne décident pas, les événements décident pour eux.
Autant donc profiter de cette campagne et des 2 mois restant jusqu'au 18 juin pour proposer des alternatives claires au peuple souverain.
9. Regardons les faits : la France, comme les Etats-Unis en Irak depuis 2003, mène depuis 5 ans une politique paternaliste et coûteuse en Côte d'Ivoire pour un résultat bien maigre.
Les troupes européennes au Kosovo n'ont rien à y faire si est assumé l'inéluctable : l'indépendance de facto ou de jure de cette province albanaise en Serbie.
10. Les promesses faîtes par les 3 candidats de gouvernement au 1er tour sur la défense des droits de l'homme et de la démocratie sont hypocrites. La France seule n'a pas les moyens d'arrêter les crimes contre l'humanité au Darfour ou la guerre en Tchétchénie. Pire, elles sont parfois mensongères : le gouvernement de la majorité sortante n'a que très peu défendu le résultat des élections démocratiques en Palestine et semi-démocratiques en Côte d'Ivoire. Pourquoi donc croire qu'à l'avenir le chef de la majorité sortante, s'il est élu, défendra vraiment la démocratie en tous lieux et en tous temps et non seulement quand cela arrange ses intérêts partisans ?
11. La cohabitation est désastreuse. Cela avait été démontré par un fait (le Président sortant n'avait pas défendu son Premier Ministre et opposant le 26 février 2001) et par une excellente tribune de Thierry de Montbrial en 2002. Il faudra donc autant que faire ce peu que le peuple souverain ait ceci en mémoire les 6 mai et 17 juin 2007.
12. La France n'a ni les moyens financiers, ni la marge de manœuvre diplomatique dans le "Concert des Nations" de poursuivre sa politique gaullo-chiraco-militaro-suprématiste. Surtout quand on voit au prisme de la LOLF le rapport coût bénéfice pour la France des OPEX unilatérales engagées. Que les OPEX servent de variables d'ajustement des ressources humaines des armées a de quoi choquer les vrais patriotes.
13. Tous les patriotes sérieux soucieux de l'intérêt national et des deniers publics savent que les nombres de chasseurs multi-rôles Rafales, de chars Leclerc, d'hélicoptères Tigre, de canons auto-tractés CAESAR et de missiles ASMP sont d'un coût d'achat et d'exploitation trop élevés par rapport à leur utilités.
Quand le complexe militaro-industrielo-parlementaire réclame les moyens promis (2e porte-avions "Richelieu/François Mitterrand", 6 SNA Barracuda, Félin…) ou envisagés (C-17 Globemaster, drônes Euro M.A.L.E…), il oublie bien vite le chantage fait depuis 1974 à tous les gouvernements par ses membres. Les mensonges réciproques doivent donc cesser. Le peuple souverain, les militaires, les industriels et la classe politique peut supporter la vérité.
CONCLUSION (provisoire) :
I- Les 2 candidats à la finale pour l'Elysée ont l'opportunité inespérée en 2007 de chacun proposer une alternative pour une politique "étrangère ET de défense" cohérente, qui ne s'abrite pas derrière le "consensus transpartisan" sur ces questions.
II- Soit la France veut continuer à jouer le rôle qu'elle a cru avoir depuis 1958 et elle s'en donne les moyens : pas de baisse de 5 % promise des prélèvement pour que la LPM soit respéctée (le budget doit augmenter de 2 % en volume par an et passer à 2,5 % du PIB en 2015 pour respecter les engagements et commandes prises auprès d'EADS, Thalès, Dassailt, DCNs, GIAT, MBDA ...
III- Soit la France ne construit par de 2e porte-avions (investissement) pour financer le salaire des professeurs (dépense courante) ce qui, au passage, est idiot militairement, un groupe aéronaval disponible la moitié du temps est inutile, autant alors revendre le PAN Charles de Gaulle. Mais si ce choix est fait, la France ne pourra pas intervenir pour stopper tous les manquements au droit de l'homme dans le monde. Les promesses de mettre fin aux atrocités au Darfour sont donc incohérentes avec les moyens prévus par l'1 des 2 candidat(e)s.
IV- Bis repetita placent et retour au point n° 2 :
Article 15 de la Constitution de la Ve République :
Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la Défense
Article 16 :
Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées […] le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances […]
Lists (1 -13 & I - IV) to be continued...
J'essayerai d'aborder dimanche ou lundi quelques unes des propositions intelligentes (supression de la DGA par exemple) faîtes par les 2 candidats.
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